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Jouer à la manière d'Ingmar Bergman

 

Improviser à la manière d’Ingmar Bergman : plonger dans l’âme humaine

Quand on évoque Ingmar Bergman, on pense immédiatement à des visages en gros plan, à des silences lourds de sens, et à des personnages en lutte avec eux-mêmes. Adapter cet univers en improvisation théâtrale, c’est accepter de ralentir, d’oser l’intime, et surtout de faire confiance à la puissance du non-dit.

Improviser “à la Bergman”, ce n’est pas imiter une esthétique : c’est adopter une posture de jeu profondément introspective.

Le moteur du jeu : le conflit intérieur

"Je suis en conflit à l'intérieur, mon chemisier s'en déboutonne."

 

Dans une impro classique, le conflit est souvent externe : une dispute, un objectif, une situation. Chez Bergman, le véritable enjeu est intérieur.

Chaque personnage est traversé par une tension invisible :

  • Une vérité qu’il n’ose pas dire

  • Une culpabilité enfouie

  • Un désir contradictoire

Sur scène, cela signifie que ton personnage doit toujours jouer sur deux niveaux :

  • Ce qu’il dit

  • Ce qu’il retient

Exemple : un personnage dit “Je vais très bien” tout en laissant transparaître une fissure — un regard fuyant, une respiration coupée, une hésitation presque imperceptible.

Le silence comme partenaire de jeu

Là où beaucoup d’impros cherchent à remplir, le style bergmanien invite à creuser les silences.

Un silence n’est jamais vide. Il peut être :

  • Une attente

  • Un jugement

  • Une peur

  • Une révélation en train d’émerger

Oser ne rien dire pendant plusieurs secondes peut devenir l’acte le plus fort de la scène, à condition que l’intention soit claire.

Pense le silence comme une réplique invisible.

Le rapport à l’autre : miroir et confrontation

Persona (Ingmar Bergman, 1966) - La Cinémathèque française
Poltergeist aurait tout pompé ?

 

Les relations chez Bergman sont rarement légères. Elles sont frontales, souvent inconfortables, toujours révélatrices.

L’autre personnage n’est pas un partenaire “fonctionnel”, mais un miroir brutal.

Pour nourrir ce type de jeu :

  • Regarde réellement ton partenaire

  • Laisse-toi affecter par ce qu’il dit

  • Réagis avec sincérité, pas avec construction narrative

Une simple phrase comme “Tu ne m’as jamais aimé” peut devenir le centre gravitationnel de toute une scène.

Le corps et le visage : terrain principal de jeu

 

Persona”, film viscéral et impulsif d'Ingmar Bergman
On dirait un film de vampire mais non en fait ...

 

Bergman filme les visages comme des paysages. En impro, cela implique de réduire le geste pour amplifier l’intention.

Quelques principes :

  • Moins de déplacements, plus de présence

  • Des micro-expressions plutôt que des gestes larges

  • Une attention au regard (fixer, fuir, soutenir)

Tu ne joues pas une situation : tu la laisses apparaître à travers toi.

Le rythme : ralentir pour intensifier

Improviser à la manière de Bergman, c’est accepter un rythme inhabituel :

  • Des scènes plus lentes

  • Des montées émotionnelles progressives

  • Peu d’événements, mais beaucoup de densité

Ce ralentissement permet au public d’entrer dans la psyché des personnages.

Moins il se passe de choses, plus ce qui se passe compte.

Pourquoi explorer ce style ?

Travailler à la manière de Bergman permet de :

  • Développer la finesse de jeu

  • Apprendre à habiter les silences

  • Sortir du réflexe de performance

  • Renforcer l’écoute émotionnelle

C’est un terrain exigeant, parfois inconfortable, mais extrêmement riche pour tout improvisateur qui cherche à approfondir son jeu.




Théorie d'impro